Les lecteurs - conteurs

Lors de la présentation de l’album « AMI – AMI » [1], j’écrivais : «C’est une mine d’or qui ne demande qu’à être exploitée, c’est le fer de lance  de  mon  projet. », et pour cause ! J’avais ambitionné, avant même de débuter le stage, d’exploiter la richesse de cet album à travers deux lectures-interprétations qui viendraient en consécration de notre périple dans l'univers de Rascal.

 

Voici les principales raisons qui m’ont amené à choisir cet album :

 

       Les redondances des énonciations (« Dans sa grande maison noire, le grand méchant loup se disait chaque soir … »).

       La structure narrative. C'est-à-dire le récit du narrateur d’une part et les dialogues entre protagonistes d’autre part.

       La relation ambigüe entretenue par les héros.

       La qualité et la grande taille des illustrations.

 

Mon objectif était d’amener les élèves à narrer l’histoire aux enfants de la classe de troisième maternelle puis à leurs propres parents. Or, pour capter l’attention des uns    comme des autres, notre future représentation se devait d’être originale et parfaitement maîtrisée. J’ai donc proposé aux élèves de réinvestir le texte par le biais du jeu théâtral. Pour ce faire,  il était nécessaire qu’ils s’approprient totalement l’histoire. Les séances de travail (le mot est assez rébarbatif compte tenu du plaisir que nous avions à y participer) ont eu lieu à la bibliothèque de l école.

 

La première étape nous a permis de structurer notre projet. Nous devions, tout d’abord, nous entendre sur l’atmosphère que nous allions conférer à notre interprétation. Celle-ci émane notamment de l’intonation qui peut conférer des sens très différents à une même expression. Ne souhaitant pas qu’elle puisse influencer nos futurs auditeurs, nous l’avons voulue aussi neutre que possible.

 

Les élèves se sont ensuite employés à dissocier les dialogues du récit effectué par le narrateur. Ce faisant, ils ont pu déterminer les attributions de chacun.  Du tourneur de pages aux musiciens en passant par les interprètes, chacun a choisi son rôle. Nous avons ensuite réécrit le texte en le conjuguant au présent de l’indicatif. Nous l’avons aussi quelque peu modifié afin de le rendre plus facilement mémorisable. Je crois important de souligner que, malgré le fait que plusieurs lecteurs aient appris par cœur leurs répliques,  ceux-ci ont toujours bénéficié d’un support écrit et illustré car ils pratiquaient, avant tout, une lecture. C’est à moi qu’incombait la mission de tourner les pages de ce support, prenant garde que seuls mes lecteurs puissent les visualiser.

 


[1] Rascal et Girel (2002). AMI-AMI. Paris : Pastel, l’école des loisirs.

Les entraînements ont  débuté sur les chapeaux de roues. Je ne vous cache pas que j’ai mis un peu de temps avant de pouvoir les diriger efficacement. Je me suis d’ailleurs vite aperçu que j’avais intérêt à concevoir des séances courtes, c'est-à-dire d’une vingtaine de minutes tout au plus. Cela me permettait de m’assurer de la participation active de chacun.

 

J’ai particulièrement utilisé les conseils prodigués dans l’ouvrage « 1001 activités autour du livre »[1]. J’ai ainsi encouragé les élèves à articuler le plus distinctement possible tout en lisant à pleine voix sur un rythme plutôt lent. En clin d’œil au conte musical de Prokofiev [2], j’ai proposé aux enfants d’associer un instrument de musique à chaque personnage. Deux élèves ont choisi leur instrument. C’est sans surprise que le tambourin s’est trouvé associé au loup. Le lapin s’est quant à lui vu adjoindre une guitare. Chaque phrase prononcée par le lapin était précédée de la douce mélodie de la guitare tandis que celles prononcées par le loup étaient précédées du bruit sourd du tambourin.

 

Je tiens à signaler que, même si la tâche s’est révélée ardue, les élèves ont fait preuve de coopération et d’entraide tout au long de ce projet commun.

 

Les compétences ciblées[3] par cette activité sont :

 

       Parler – Écouter  

-       Orienter sa parole  en fonction de la situation de communication – en tenant compte des contraintes de l’activité.

-       Assurer et dégager l’organisation et la cohérence du message.

-       Veiller à la présentation phonique du message.

-       S’exprimer de manière audible avec une prononciation adaptée et un volume   suffisant dans une situation de communication élargie.

 



[1] Brasseur, P. (2013). 1001 activités autour du livre. Paris et Bruxelles : Casterman.

[2] Prokofiev, S. (1936).  Pierre et le loup.

[3] Fédération Wallonie-Bruxelles, administration générale de l’Enseignement et de la Recherche scientifique (2013). Socles des compétences. Bruxelles, pp. 18-20.


C'est avec les élèves de première primaire de l'école communale de la Fontaine à Flémalle que j'ai mené ce projet consistant à susciter le goût à la lecture en découvrant différents albums de littérature de jeunesse écrits par Rascal.