Conclusion

«Il est important que les albums circulent entre école et maison et qu’ils soient lus, car l’écrit immuable, indépendant du lieu, du moment et de la personne qui lit, représente un lien de continuité appréciable pour l’enfant.» [1]

 

Lire un album, c’est aussi appréhender, comprendre les interactions, les liens entre le texte, les illustrations et le support. Tout peut être ainsi analysé : les formats, les couleurs, les histoires elles-mêmes, le vocabulaire, le style (narration, description, dialogues …). Le défi est de préserver le désir d’apprendre à lire et le plaisir de lire car l’acquisition des connaissances ne doit  pas conditionner la lecture. En grandissant l’enfant devra se construire et le fera en puisant dans son imaginaire : moyens d’affronter des situations difficiles,  moyens  de résoudre des problèmes ponctuels, faculté de se projeter dans l’avenir… L’imagination est cette capacité humaine qui permet de mener sa vie, d’inventer, de créer. Elle doit s’entretenir, se stimuler, s’amplifier.

 

«Chacun a besoin de se composer des identités multiples, des fables, et de se risquer dans des rêves incroyables. […]. La lecture apporte ce domaine fantasmé des héros à qui on peut emprunter une part de vie, de force, de sentiments, de passions…»[1]

 

L’enfant n’apprendra à aimer les livres et la lecture que si on lui donne le temps et l’espace voulus pour qu’il y puise lui-même les contenus qui l’intéressent, le sensibilisent, lui « parlent » au moment même de la lecture. C’est ainsi qu’il développera son imaginaire, enrichira ses connaissances lexicales et syntaxiques, élargira le champ de ses représentations mentales. Je me souviens avoir rencontré une éditrice travaillant pour l’école des loisirs. Alors que je tentais de déterminer quel album plairait le plus à mon fils qui avait à peine 2 ans, celle-ci m’interpella et me dit : «Croyez-en mon expérience, les enfants ont un goût pour des formes et des contenus qui ne plaisent parfois plus aux adultes ou les déroutent ».

       C’est seulement par la rencontre avec des ouvrages de factures et de contenus différents que les enfants vont pouvoir affiner leur sens critique, décider de ce qu’ils aiment et pourquoi ils l’aiment, de ce qui les intéresse et pourquoi cela les intéresse. Les élèves rencontrent divers centres d’intérêt, raison pour laquelle il est important de leur garantir l’opportunité de choisir leurs propres lectures.

 

«Au festin de la lecture, on ne mange pas tous les livres avec le même appétit, au même rythme : avec celui-ci on pignoche et celui-là on l'engloutit.»[2]   

 

Une réflexion quotidienne sur mes pratiques d’enseignant m’a permis de mettre en lumière différentes observations et d’envisager de nouvelles pistes.


[1] Causse,  R. (2005). Qui lit petit lit toute la vie. Paris : Albin Michel.

[2] Pivot, B. (1990). Le métier de lire. Paris : Gallimard.

L’enseignant est en quelque sorte le modèle privilégié qui permet aux enfants de découvrir ce qu’est un adulte aimant lire.

L’apprentissage de la lecture passe par un enseignement organisé des connaissances linguistiques. D’une part, les correspondances graphophonologiques permettent d’identifier les mots et, d’autre part, les stratégies de compréhension permettent de construire du sens.

 

Apprendre une méthode de lecture est une étape dans la vie d’un lecteur. Proposer des activités créées à partir d’ouvrages choisis avec précision et pertinence permet d’enrichir la prise de sens. Cela permet également de susciter le débat qui  ouvre à la culture, à la réflexion collective et philosophique. L’album de littérature de jeunesse n’est pas à reléguer au rang de simple objet d’apprentissage. Il offre d’innombrables « portes d’entrée »  qui confèrent aux enfants une source de plaisir, d’imaginaire et d’évolution pour toute leur vie. Les enfants  se trouvent, se reconnaissent dans les récits. Ils s’ouvrent sur le monde, la vie d’un autre, la vie ailleurs, la vie autrement.

Témoignage de Léa (prénom d'emprunt), élève de première primaire à l'école de la Fontaine.

         Aménager une bibliothèque et un espace de lecture au sein de sa classe contribue à créer un équilibre entre l’aspect scolaire et l’aspect motivationnel. De cet équilibre émane  une atmosphère positive, stimulante et coopérative. Les élèves peuvent de la sorte satisfaire leur envie de lecture car ils disposent de livres et d’un endroit approprié pour les lire.

 

 

L’enseignant quant à lui est un modèle qui se doit de communiquer son propre plaisir à la lecture en partageant ses expériences. À ce sujet, je ne peux m’empêcher de penser à Robin Williams qui, dans le film « Le Cercle des poètes disparus »[1], joue le rôle d’un professeur de lettres anglaises aux pratiques plutôt originales. Je présume qu’un certain nombre d’années de pratique  sera nécessaire à l’enseignant fraîchement diplômé avant de dispenser un enseignement de qualité supérieure.

 


[1]Le Cercle des poètes disparus. (1989). Film américain réalisé par Peter Weir. 

 

 

«Un livre est une fenêtre par laquelle on s’évade[1]

 



[1] Julien Green (1900-1998),  écrivain américain de langue française.